Un écrivain paumé, de belles femmes, de la musique à tout va, quand Rob Marshall va à la rencontre de Fellini, c'est pas la joie. Hormis pour Marion Cottillard.
Rob Marshall n'est pas ce que l'on peut appeler un bon réalisateur. Après avoir subit l'atroce Chicago, il ose nous pondre en 2006 Mémoire d'une Geisha, concentré tape à l'œil de clichés et de caricatures sur une culture qu'il ne semble pas connaître. Aujourd'hui il revient à ses premiers amours et tente l'adaptation cinéma de Nine, spectacle de Broadway hommage au Huit et demi de Frederico Fellini. Plus généralement, l'américain tente un hommage à l'Italie des années Cinecitta.
Quelle idée alors que de tourner en anglais, y incluant de-ci de-là quelques « pronto » ou « grazie » italianisant ? D'office
Nine sonne faux. Et ce n'est pas le ridicule accent de Daniel Day-Lewis qui va aider. Pourtant, si on exclut ce raté, l'ancien protégé de Sheridan est toujours aussi fabuleux. De ses
gesticulations en costard au regard fatigué en passant par ses moments d'excitations, le personnage de Guido Contini passionne. Son histoire d'amour chancelante avec Marion Cotillard en point de
fixation a tout de la merveille annoncée. Surtout que c'est bien notre française oscarisé qui, ô surprise, se révèle la plus merveilleuse dans ce rôle d'épouse bafouée. Son phrasé se fait si
naturel et doux, son regard si profond, sa peine si tangible. Sauf que Nine est une comédie musicale et que les morceaux offerts à Marion sont d'une ânerie...
Le syndrome de la page blanche
D'ailleurs, l'ensemble des chansons plombent le film, tant par leurs arrangements que par la mise en scène théâtrale médiocre. Marshall met perpétuellement en parallèle les errements de Contini avec la création. Idée fellinienne au possible dont il ne parvient à s'extraire que dans l'ultime scène (la meilleure). La frontière est trop présente, la ficelle trop grosse ; il aurait été plus judicieux d'embrouiller le spectateur en le faisant douter du réel et de la fiction. Le réalisateur manque aussi l'occasion de plonger dans une Italie délicieuse, ne s'y attardant que trop rarement. Et ce n'est pas la catastrophique prestation de Sophia Loren en mère mémoire de la botte qui va nous consoler.
De même pour Judith Dench (agent M dans les James Bond), qui malgré sa beauté de grand-mère peine à épaissir son rôle de costumière confidente. Et puisqu'on passe en revu tous les rôles, nous retiendrons que Nicole Kidman n'est toujours pas sortie de sa pub Schweppes, se voyant accoutrée d'un costume semblable. Penelope Cruz, malgré un déhanché sensuel au possible, ne ressemble pas à la muse almodovarienne que l'on aime tant. Kate Hudson ne mérite même pas le titre d'actrice. La bonne surprise vient de Fergie des Black Eyed Peas. En prostituée sombre et sauvage, elle hérite de la seule bonne musique de la BO. Sa scène de cabaret tout de rouge et noir alternant avec un souvenir dans un noir et blanc granuleux est un pur délice de mise en scène. Et bien l'unique réussite. Nine tenait un concept à la fois copieur et attirant. Rob Marshall arrive même à offrir dans un écrin d'argent le rôle le plus beau pour Marion Cotillard. Mais il n'est définitivement pas un bon cinéaste, cloitré dans ses aspirations d'artisans, certes louables.
Nine, de Rob Marshall, avec Daniel Day-Lewis, Marion Cotillard, Penelope Cruz (U.S.A., 1h58, 2010)
La bande-annonce de Nine ci-dessous :
A fuir
!
Pas
Mal.
Indispensable !
Derniers Commentaires